« Carences en besoins psychologiques: carences de lenteur, de calme, de continuité.

Les maladies de carence sont insidieuses. Si nous sommes carencés en vitamine C ou D, en oméga 3, sélénium, il ne se passe rien. Nous de souffrons pas, nous ne suffoquons pas, nous ne tombons pas à la renverse. Pas d’effet immédiat donc. Mais peu à peu des symptômes de souffrance vont apparaître, sous l’effet du manque. Souvent, nous ne comprenons pas bien pourquoi, ni d’où ils viennent. Les carences se manifestent toujours ainsi, doucement, lentement, insidieusement. Jamais de façon bruyante. Notre société de profusions multiples crée aussi en nous des manques multiples, et les deux sont liés. Voyez les maladies de pléthore, par exemple, ces maladies modernes du trop : trop d’aliments qui nous rendent obèse, trop de possessions qui nous rendent moroses. Le trop de quelque chose, c’est toujours un manque d’autre chose. Et l’excès génère forcément la carence. On sait, par exemple, que la nourriture industrielle, les aliments raffinés et aseptisés, non seulement sont malsains à cause  du « trop » -trop présents, trop facile d’accès, trop sucrés, trop inducteurs d’appétit, puis de diabète et d’obésité- , mais aussi à cause du « pas assez »- de nombreuses vitamines oligo-élements.

Les carences contemporaines portent également sur nos besoins psychiques. Par exemple, les besoins de lenteur, de calme et de continuité. Pour lesquels nous avons à lutter et à nous organiser, afin de ne pas tomber malades (de stress, d’instabilité émotionnelle, de dispersion mentale.

Lutter contre les carences de lenteur : Prendre son temps. Ne pas voler d’une activité à l’autre. Ne pas faire plusieurs choses en même temps. Agir, chaque fois que possible, avec douceur et calme. Pratiquer des « cures de rien », de simple, de calme, de mono activité. Repérer les remplissages d’emploi du temps et s’en méfier : les programmes délirants d’activités que l’on arrive parfois à s’imposer en week-end, en vacances.

Lutter contre les carences de calme : fuir les agressions, les sollicitations. Redevenir sensible à tous les « trop » : musique tout le temps, images tout le temps, écrans tout le temps. Détachons-nous. Acte de liberté : fermer les yeux, ne pas regarder ces écrans qui volent notre attention, nous mangent partout du temps de cerveau et du temps de repos…

Lutter contre les carences de continuité : repérer les interruptions incessantes qui ponctuent nos journées ; élever le niveau de conscience par rapport à elles. Résister à la tentation de regarder ses emails, ses SMS, de passer un coup de fil ou d’aller faire un tour sur Internet… »

La pleine conscience nous aide à prendre conscience de ces pollutions cachées de nos esprits. Et à nous en protéger ; elle nous permet de restaurer nos capacités d’introspection et de nous reconnecter à nous-mêmes. Au lieu de toujours vivre sous perfusion d’injonctions, de distractions, d’activations extérieures.

Elle nous propose de rien faire et juste de rester là. A notre poste d’observation, à la vigie de l’introspection. La pratique de la pleine conscience nous aide à décrocher ; on n’y recherche rien, il n’y a pas de but. On se donne le temps, on décide, librement, d’aller doucement. On prend le temps de s’asseoir, d’observer, d’éprouver.

Même si on le fait que peu de temps, que quelques instants : on est en pleine conscience dès qu’on ferme les yeux et qu’on cesse l’action. Déjà on est dans la liberté.

Christophe André « Méditer pour après jour »